Potosi, ville minière perchée à 4 000m d’altitude

Après notre traversée du désert, nous sommes arrivés à Uyuni, où nous devions rester une nuit. La traversée de la ville à la recherche de notre hôtel (que nous ne trouverons jamais) nous a convaincus de quitter de suite cette ville pas franchement attirante et après un rapide coup de fil à l’hôtel réservé pour le lendemain à Potosi pour vérifier qu’on pourrait arriver plus tôt, nous sautons dans le 1er bus qui part pour Potosi.

Après 3 heures de voyage à travers des paysages toujours aussi beaux, nous arrivons dans la ville de Potosi. Le contraste avec la semaine passée est assez saisissant : après 4 jours à SPA, petit village calme et sympathique et 3 jours dans le désert d’Uyuni, Potosi nous apparaît comme une grande ville grouillante de monde. Nous passons sur notre petit moment d’égarement à la gare routière où nous nous rendons compte que nous n’avons pas noté le nom et l’adresse de l’hôtel et que la batterie de l’ordi est HS. Ça fait un peu débutant au bout de 6 mois de voyage mais on l’a fait ! Bref, après avoir réussi à trouver une prise de courant et un taxi qui accepte de faire 30 minutes de courses pour 20 Bolivianos (2,40€), nous arrivons avec soulagement à l’hôtel.

Notre 1ère journée se passe entre découverte de cette ville minière qui a basé toute sa richesse (enfin surtout celle des colons espagnols) sur l’exploitation des mines d’argent, visite d’un des couvents de la ville et réservation d’un tour dans une mine pour le lendemain, a priori une des seules raisons pour laquelle les touristes viennent encore dans la région. A peine entrés dans la ville que l’identité bolivienne transparaît dans les tenues traditionnelles des habitants, surtout des femmes avec leurs grandes chaussettes, leur robe, les tissus colorés pour le portage des enfants ou des marchandises ou encore leur chapeau typique. Les commerces de rues sont partout et de nombreux cireurs de chaussures, souvent cagoulés, lustrent les chaussures pour 3 ou 4 bolivianos. Après le Chili et l’Argentine, pays beaucoup plus proches culturellement de l’Europe, la Bolivie nous offre un dépaysement total à tous les niveaux !

Le lendemain, à l’heure dite, nous nous rendons donc chez Koala Tour (agence qui a à priori plutôt bonne presse), pour notre découverte de la mine et des mineurs qui y travaillent. Le tour se déroule de la façon suivante :

  • 1er stop - changement de tenue : on nous prête vestes et pantalons pour couvrir nos vêtements et des bottes remplacent nos chaussures « propres ». Avec le casque de chantier et la lampe accrochée dessus, on a tout de suite un super look…
  • 2nd stop - le marché des mineurs : notre guide nous explique que les mineurs sont à leur compte ou travaillent pour des coopératives mais que, dans ce cas, le seul avantage qu’ils en tirent est d’être couverts en cas de maladie professionnelle (ce qui arrive dans 80 à 100% des cas au bout de 20 ans dans la mine) et de pouvoir toucher une (misérable) pension de retraite. Pour le reste, tout est à leur charge : achat de matériel, repas, boissons,… On le savait donc on n’est pas surpris mais on nous incite à acheter des « cadeaux » pour les mineurs que nous croiserons : essentiellement des boissons et des feuilles de coca (leur seul « aliment » consommé dans la journée), mais nous pouvons aussi acheter de la dynamite ( ?!!!) ou autres pelles, lampes,… A nous 4, nous repartons donc avec un peu de tout (dynamite, boissons, coca).
  • 3ème stop – l’usine de « transformation des cailloux » : nous visitons l’usine où est envoyé tout ce qui est extrait de la mine. Tous les cailloux sont broyés, et en fonction de ce qu’ils contenaient, les métaux (argent, zinc, fer) sont répartis dans différents bacs grâce à de bons vieux procédés chimiques dont on vous passera le détail (mais dont on a respiré les émanations). Ensuite, l’argent (parce que c’est quand même le plus intéressant) est envoyé de part le monde (Europe, Asie, Amérique du Nord) pour nous façonner de jolis bijoux. Bon, l’usine n’est pas franchement sécurisée et vu ce qu’on y respire, on imagine que la suite dans la mine ne va pas être mieux mais c’est parti…
  • 4ème stop – visite de la mine : à notre arrivée, nous comprenons bien à quel point le travail dans la mine doit être exténuant. Nous apercevons les chariots qui servent aux mineurs à remonter les cailloux à la surface. Ce sont de simples chariots comme on les voit dans les films à l’époque de la conquête de l’Ouest : un bac, 4 roues et 3 mineurs pour diriger le tout manuellement ! Une fois pleins, les chariots peuvent peser jusqu’à 2 tonnes. C’est la raison pour laquelle notre guide nous donne quelques règles de sécurité : on reste groupé, quand il crie « on se range », tout le monde doit le crier et surtout doit le faire, pareil pour le « attention à la tête » (c’est que c’est bas de plafond parfois…), bref, ça ne va pas être une visite de tout repos. Après une 50aine de mètres, notre groupe arrive au niveau de la grotte où est installé le Dieu des lieux, un Dieu qui est fêté et surtout arrosé 2 fois par mois par les mineurs. C’est à ce moment-là qu’Eloïse abandonne le groupe : trop sombre, pas assez d’air, un peu de claustrophobie par-dessus et c’en est assez pour elle. Un des 2 guides la raccompagne à l’air libre. Le reste de la troupe continue à s’enfoncer dans les couloirs sombres, pendant environ 2h. Nous croisons l’équipe qui pose la dynamite et doit percer une douzaine de trous dans la paroi, à l’aide d’un outil à air comprimé (seul objet « moderne » de la mine). Le travail est d’une pénibilité extrême, la poussière dégagée rend l’air quasiment irrespirable, sans compter le bruit infernal des outils. Le plus marquant est le jeune âge de certains mineurs, qui viennent généralement travailler avec leur père (ou prendre le relais) et que nous savons destinés à une vie courte émaillée de maladie (la poussière respirée contient de l’arsenic, et l’espérance de vie des mineurs est d’environ 40-45 ans).

Cette visite, très bien organisée tout en étant factuelle et sans voyeurisme apparent, nous a tous marqués, autant ceux qui sont descendus dans la mine que celle qui est restée dehors à voir les mineurs sortir avec leurs très lourds chariots. La seule conclusion qu’on peut y apporter est une phrase de Clément qui résumera notre impression à tous : « c’est sûr, je ne veux pas travailler dans une mine ! ». A côté, la mine visitée en Australie, c’était le pays des Bisounours !

 

Nous revenons en ville juste à temps pour déjeuner au sec avant que les rues ne se transforment en torrent : pas d’égouts ici, l’eau de pluie s’évacue donc dans la rue. Potosi étant quand même une ville de montagne (on a tendance à l’oublier mais nous sommes à 4100 mètres d’altitude), les rues sont donc « un peu » pentues. Bref, ce sont des torrents qui dévalent de part et d’autres de la route et les personnes qui penseraient traverser sont obligées d’effectuer de grands sauts au-dessus de l’eau au risque de plonger dans parfois 5 à 10 cm d’eau… Bref, on n’avait pas besoin de ça mais ça nous a bien fait rire quand même !

Ville grouillante d’activité, au fort passé historique, unique de part son altitude et attachée à ses traditions et sa culture, Potosi a été une très bonne surprise et mérite vraiment que l’on s’y attarde un peu. Son avenir reste cependant incertain, puisque la mine d’argent n’aurait plus que 10 ans d’exploitation devant elle (et que 15 000 mineurs y travaillent), alors dépéchez-vous !

Quelques infos / prix (10 bolivianos = environ 1,2€) :

  • Bus Uyuni – Potosi : 30 bol par personne
  • Taxi terminal de bus – hotel : 5 bol par personne ==> 20 pour 4
  • Tour de la mine 1/2 journée avec Koala tour : 120 bol par adulte, 60 pour Clément
  • 1 bâton de dynamite + 1 détonateur + 1 sachet de granulés qui augmente la force de l’explosion : 20 bol
  • 1 sachet de feuilles de coca : 5 bol
  • 1 paquet de pop-corn dans la rue : 1 bol
  • Altitude officielle de la ville de Potosi : 4 070m
  • Attention si vous comptez faire des achats de souvenirs, il y a très peu de boutiques dans la ville. Les seules trouvées sont concentrées dans la rue nommée « Boulevard »

3 comments to Potosi, ville minière perchée à 4 000m d’altitude

  • Tonton Charles

    au delà de ce palpitant et instructif récit, pensez vous réellement pouvoir par la suite entrer aux USA ??? Ils vont vous faire remplir un papier vous demandant qi vous ne venez pas pour dealer de la drogue, attenter à la vie du Président, vous prostituer etc.. etc.. alors avec un bâton de dynamite dans vos valise va falloir trouver de sacrés explications pour le passage des douanes…. je les ai vu humour très juste-juste

  • David

    Pas trouvé d’or?!?

    • Non :( Mais bon ce sont des mines d’argent et il ne reste déjà plus grand-chose vu que d’ici 10 ans, il n’y aura plus rien… Ce qu’il reste, on va leur laisser, ils en ont vraiment plus besoin que nous…

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